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Qui est Pascal Siakam ?

Qui est Pascal Siakam ? Posté le 31 mars 2019Laissez un commentaire

Pascal Siakam est LA révélation NBA de cette saison. En lice pour décrocher le titre de Most Improved Player, le Camerounais drafté en 27e pick en 2016 par les Toronto Raptors s’est d’ores et déjà fait un nom dans la ligue. Mais qui est Pascal Siakam ?
L’excellent site américain, The Player’s Tribune, a laissé la parole en 2016 au principal intéressé qui revient sur ses débuts dans le basket et son arrivée en NBA. Une aubaine pour en apprendre plus sur ce joueur encore pas si connu que ça.

Voici ce qu’on a retenu.

Pascal Siakam sous les couleurs des Toronto Raptors.

« Tu vas aller au séminaire »

Chez les Siakam, le séminaire est une affaire de famille. Une coutume dont le petit Pascal se serait bien passée. Et pourtant, à l’âge de 11 ans, le Camerounais n’a pas eu d’autre choix que de se plier à la volonté du patriarche. Tout comme ces trois autres frères aînés avant lui. De ces années au séminaire, Pascal en garde des souvenirs douloureux :

« J’ai pleuré tous les jours pendant ma première semaine là-bas. Je n’avais que 11 ans. Ma famille me manquait. Les parties de foot avec mes amis me manquaient. La maison me manquait. J’appelais ma sœur aînée presque tous les soirs, pour lui dire que je ne pouvais pas le supporter. »

Mais le temps passant, Pascal apprit à s’adapter :

« Avec le temps, j’ai pleuré de moins en moins. Le séminaire faisait maintenant partie de ma vie. Les professeurs me disaient quand me réveiller, quand aller en classe et quand aller dormir. […] J’étais devenu un enfant de 11 ans qui faisait ses propres corvées, faisait son propre lit et finissait ses propres devoirs. Mais ça ne voulait pas dire que c’était amusant. Je ne comprenais toujours pas pourquoi mes parents m’avaient envoyé ici. »

« Je n’aimais pas le basket »

S’il peut sembler bizarre d’entendre ces mots sortir de la bouche de Siakam, c’est pourtant bien la réalité. Son amour pour la balle orange n’est arrivé que tardivement, à l’adolescence. Même s’il reconnait trouver un certain plaisir à jouer au basket, Pascal, comme la plupart des jeunes Camerounais vouait un véritable culte au foot, qu’il rêvait de pratiquer au niveau professionnel. Alors que ses frères ont tous délaissé le soccer pour le basket, jouer à un autre sport était aussi un moyen de s’affirmer au sein de sa fratrie, en ayant sa propre personnalité.

« Au Cameroun, le football est aussi important que le basket-ball ou le football américain aux États-Unis. Les enfants rêvent tous de jouer professionnellement. Mes trois frères aînés étaient différents. Bien qu’ils jouaient aussi au soccer, ils ont tous fini par passer au basketball à l’adolescence. Ils étaient aussi obsédés par le basket que je l’étais par le foot. Mon père y est pour quelque chose, car il rêvait qu’un de ses fils joue en NBA. »

« Il y a donc eu des pressions pour que je me lance dans ce sport. Le seul problème, c’est que je n’aimais pas le basket. »

« La NBA est devenue mon rêve »

Puis, petit à petit, le basket prit une place plus importante dans sa vie. En 2011, alors qu’il participait à un camp de basket organisé par Luc Mbah a Moute au Cameroun, Siakam attira l’attention et fut invité l’année suivante à participer au camp Basketball sans Frontières en Afrique du Sud.

« J’allais refuser l’invitation. Mais comme ma sœur Vanessa vivait en Afrique du Sud, et que je ne l’avais pas vue depuis quelques années, j’ai pensé à ce voyage gratuit pour traîner avec ma elle. Tout ce que j’avais à faire, c’était de jouer au basket ? Alors pourquoi pas ! »

Le premier jour du camp, deux personnes attirèrent particulièrement l’attention des jeunes basketteurs en herbe. Mais pas celle de Pascal qui resta simple spectateur de la scène.  

« – Qui sont ces types ? Pourquoi tout le monde est si excité ?
– Allez, mec, c’est Serge Ibaka et Luol Deng !
– Qui ? »

« Comment pouvais-je savoir qui ils étaient ? J’avais à peine regardé la NBA. Mais plus j’en apprenais sur eux, plus je les admirais. Ils avaient surmonté des obstacles incroyables pour arriver en NBA. Pour la première fois, j’ai vu ce qui était possible d’accomplir si je travaillais assez dur. […] Soudain, le basket-ball n’était plus seulement un sport que je pratiquais pour le plaisir, c’était devenu ma passion, et la NBA mon rêve. »

Son arrivée aux États-Unis

Lors du camp en Afrique du Sud, Pascal Siakam suscita l’intérêt de quelques recruteurs d’écoles américaines, dont l’école préparatoire de God’s Academy de Lewisville, au Texas. Soutenu par son père et ses frères, Siakam débarqua dans la petite ville texane, où il dû apprendre à s’acclimater dans cet environnement si éloigné de son village natal. Si la transition n’a pas été facile culturellement, c’est sur le parquet que le Camerounais rencontra le plus de difficultés.

« Au Cameroun, je m’étais débrouillé avec mon talent naturel et mes qualités athlétiques. Maintenant, je devais vraiment apprendre le jeu. Je me sentais complètement perdu, comme si je n’avais aucune idée de ce que je faisais. Mes coéquipiers me critiquaient sans arrêt. C’était nouveau pour moi aussi. »
[…]
« Ils me disaient que je ne savais pas tirer, que je ne savais pas dribbler, que je ne pouvais rien faire de bien. Après deux mois, j’en ai eu assez. Ma mentalité avait complètement évolué. Bien sûr, je voulais m’améliorer au basket-ball, mais peut-être plus que ça, je voulais faire taire ces types. »

Et à force d’acharnement, le travail a fini par payer. Même si les prestigieuses équipes NCAA, comme Duke ou Kansas ne se sont pas bousculées pour l’avoir, quelques universités ont montré de l’intérêt pour le Camerounais, dont les Aggies de New Mexico State qui avaient pour habitude de recruter des joueurs africains. La culture familiale de l’équipe a également joué un rôle prépondérant dans l’arrivée de Siakam au Nouveau-Mexique.

Ses débuts en NCAA

Encore une fois, rien n’a été facile pour Siakam. Cette nouvelle étape dans son apprentissage lui a demandé de repousser ses limites. Confronté à des joueurs plus physiques que lui, Siakam n’a eu d’autre choix que de s’entraîner plus que les autres pour se mettre à leur niveau.

« J’en avais marre de me faire botter le cul tous les jours. J’ai repensé à l’école préparatoire, à la façon dont mes coéquipiers me traitaient et à la façon dont je leur avais répondu. J’avais besoin de retrouver cet état d’esprit. »

« Alors je suis allé à la salle nuit et jour. […] Lorsque les séances d’entraînement ont commencé l’été suivant, je me suis retrouvé face à Nephawe (le joueur qui lui avait causé tant de difficultés à son arrivée). Mais cette fois, j’ai tenu bon. Je savais que j’étais prêt. J’avais hâte que la saison commence. »

« Tout mon monde s’est effondré »

En octobre 2014, alors que Pascal s’apprêtait à débuter sa saison avec les Aggies, la nouvelle tomba : son père venait de décéder dans un accident de la route. Cette effroyable nouvelle le terrassa. Siakam n’avait qu’une seule idée en tête, rentrer chez lui pour être aux côtés de ceux qu’il aimait. Malgré l’infinie tristesse du clan Siakam, sa mère l’en dissuada. Il devait rester aux États-Unis pour continuer sa progression.

« J’étais bouleversé, mais après réflexion, j’ai réalisé que ma mère avait raison. Une nouvelle flamme brûlait en moi. Je n’avais plus peur de prouver aux gens qu’ils avaient tort. […]. Je jouerai pour mon père maintenant. Je jouerai pour son rêve d’avoir un fils en NBA. Je voulais le rendre fier en lui offrant ce cadeau. »

Son inscription à la Draft

Alors qu’il n’était pas appelé à avoir un gros temps de jeu, son année freshman à NM State se conclut par une belle récompense individuelle : le titre de meilleur freshman de la Western Athletic Conference. Puis rebelote la saison suivante. Avec des moyennes de 20 points, 11 rebonds et 2 blocks sur l’ensemble de l’année, le sophomore fut élu joueur de l’année de la WAC. Difficile pour le jeune homme de balayer longtemps ses envies de NBA.

« Je ne voulais pas parler de NBA. Je voulais à peine y penser. C’était trop de pression pour moi à l’époque, et je ne voulais pas me porter la poisse. Je devais continuer à travailler mon jeu et laisser les choses arriver. Pourtant dans ma tête, je savais que j’avais une chance d’aller en NBA. »

À la fin de sa 2ème année, la Draft devint sa priorité. Il se devait de tenter sa chance. Siakam se présenta à un nombre incalculable de workout, dont le seul qu’il garda en mémoire était celui passé pour les Raptors.

« Toronto tenait un workout à Buffalo. Lorsque je suis entré dans la salle, j’ai vu Skal Labissière et Jakob Pöltl, qui étaient tous deux très bien classés dans la plupart des mock draft. J’étais excité. J’avais entendu dire qu’ils étaient sympas, mais je devais penser le contraire. […] Je devais dunker sur Skal et bloquer Pöltl. Je devais dominer cet entraînement et montrer aux Raptors que j’étais aussi bon que ces grands noms. »

Malheureusement tout ne se passa pas comme prévu. Alors que Siakam trouvait la motivation nécessaire pour en découdre, un entraîneur des Raptors le stoppa :

« Désolé, Jakob et Skal s’entraînent seuls. Tu t’entraîneras avec un autre groupe. »

La déception du jeune Pascal laissa place à une motivation décuplée. Le Camerounais mit une telle énergie ce jour-là, qu’il effectua peut-être son meilleur workout.

L’attente de la Draft

Alors qu’il pensait obtenir des réponses sur sa capacité à intégrer la grande ligue, Siakam était plus confus que jamais après cette période intense de workout. Personne n’avait pu lui apporter la moindre certitude.

« Autour du 20e pick. »
« Au deuxième tour »
« Que dirais-tu d’aller en Europe pendant un an ? »
« Tu devrais retourner à l’université. »

Le prospect africain eu le droit à tous les sons de cloche.  Le pari était très risqué, mais Siakam était déterminé. Il avait sa chance et maintint son nom à la Draft 2016.
De passage à Orlando où il avait décidé de passer un dernier entraînement avec le Magic, il décida de rester dans la ville de Mickey pour suivre la Draft à la télé avec sa famille.

« Aux alentours du 20e picks, j’ai commencé à devenir de plus en plus anxieux. Mon inscription à la Draft était peut-être une énorme erreur. Puis, quand le 27e choix a été annoncé, et que j’ai entendu Adam Silver m’appeler, tout le monde autour de moi explosa de joie. J’allais à Toronto. »

Le choix de son numéro

Pourquoi Pascal Siakam a-t-il choisi de porter le n°43 ? Si vous vous poser cette question, le joueur de Toronto en donne la raison (à demi-mot) à l’extrême fin de son magnifique témoignage. Un choix doté d’une vraie signification personnelle qui montre toute l’importance de sa famille pour le joueur.

« Maintenant, je suis rookie en NBA. C’est surréaliste d’avoir la chance de porter le maillot des Raptors […]. J’ai lancé ma propre petite routine. Chaque fois que j’entre en jeu, je touche le chiffre 4 sur mon maillot quatre fois pour mon père et mes trois frères, puis je touche le chiffre 3 trois fois pour ma mère et mes deux sœurs. Je fais le signe de croix pour Dieu et je montre le ciel. »

On ne pourrait que vous conseiller la lecture intégrale de cet excellent article en VO.

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