5 August 2021

Interview d’Yann Casseville, auteur de 2001, l’Odyssée d’Allen Iverson

Article modifié le 18 juin 2021 par Le Basketographe

20 ans après l’épopée héroïque des Sixers lors de la saison 2000-2001, le journaliste Yann Casseville nous propose de revivre cette aventure sportive pas tout à fait comme les autres dans son ouvrage 2001, l’Odyssée d’Allen Iverson, paru aux éditions Exuvie.
Nous l’avons lu. Et comme nous avions plein de questions, nous nous sommes entretenu avec son auteur.
Yann Casseville, rédacteur en chef de Basket Le Mag et auteur du livre 2001 l'Odyssée d'Allen Iverson

Yann Casseville, tu es l’auteur de 2001, l’Odyssée d’Allen Iverson. Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis journaliste basket depuis un peu plus de dix ans. J’ai commencé dans un hebdomadaire qui s’appelait Basket News, un magazine historique de la presse basket en France. J’ai travaillé ensuite pour un autre hebdo, Basket Hebdo. En 2016, on s’est rendu compte que ça devenait très compliqué de faire un hebdo papier. Ça n’avait plus de sens. Le magazine était quasiment daté le jour de sa sortie. Donc, on a lancé un magazine mensuel, Basket Le Mag, dont la ligne éditoriale est centrée sur l’humain. C’est un pur magazine. J’y travaille actuellement comme rédacteur en chef.

Allen Iverson est le personnage central de ton livre. Quel rapport as-tu avec ce joueur ?

En 2001, j’avais 11 ans et c’est le moment où je découvre vraiment la NBA. Et cette découverte passe par Allen Iverson. Mon premier choc NBA, c’est lui, et je me le prends de plein fouet. Son jeu, sa façon d’être. En découvrant la NBA, je découvre aussi un personnage. Un petit joueur qui n’a pas peur de s’opposer aux grands. Quand t’es un jeune ado, tu te rends très vite compte que tu ne feras jamais 2m15. Tu t’identifies facilement à lui. Il y avait ce côté “il est vrai”. Ce mec-là ne se cachait pas. Il se montrait tel qu’il était. J’aimais bien ce côté-là. Et sans parler du jeu. J’étais aussi fasciné par sa vitesse et ses dribbles. Je me souviens du All-Star Game 2001. Je suis devant ma télé et j’hallucine. Je n’oublierai jamais ce match-là. Voilà pour moi, Iverson c’est ça.

Si tu ne devais garder qu’une seule chose d’Allen Iverson, ce serait quoi ?

C’est 2001. Le livre vient de là. C’est ce qui marque. Parce que c’est à la fois la découverte et son plus grand exploit. Finalement, il n’y a rien après 2001. Non pas que la suite soit fade, mais il n’y a rien qui arrivera à ce niveau-là . C’est pour moi un parfum de nostalgie. Mais dans le bon sens. Il y a du romantisme dans cette histoire. Il y a bien eu une autre période à Denver avec le duo Carmelo Anthony. Mais ils n’ont pas gagné. Ce duo avait un côté exceptionnel, mais ça n’a rien donné. Après à Detroit et à Memphis, pour moi, ça ne compte même pas. Il y a également son retour à Philadelphie en 2009, que je suis. Il y avait ce côté “Il est rentré à la maison”. Mais quelque part, ça me ramenait à sa période de 2001.

Quel était le point de départ de l’écriture du livre ? 

Je crois que c’est un tout. Mes collègues ou mes amis me disaient toujours que je les bassinais avec Iverson et 2001. Ils ont toujours pensé que j’écrirai sur lui. Avant le livre, ça faisait plus de dix ans que j’étais journaliste et je n’avais encore jamais écrit sur lui. Ne serait-ce qu’un seul article. Pas un portrait, rien du tout. Je me disais que je serai trop dans l’affect et pas assez objectif. Et puis, je ne savais pas quoi écrire sur lui. Qui plus est, je suis Français, je vis à Paris. Je n’ai aucun rapport avec Philadelphie. Je ne me sentais pas légitime pour écrire quelque chose. Et encore moins un livre. Écrire une biographie ne m’intéressait pas. Il en existe déjà une et elle est super. Et puis, encore une fois, ce que j’aime, c’est 2001. Écrire sur sa période à Denver, à Détroit ou en Turquie ne m’intéressait pas.
Il y a eu trois éléments qui ont fait que je me suis lancé. Premièrement, on se rapprochait de de 2021. On allait fêter les 20 ans. Quelque part, c’est un anniversaire important. Je me suis dit que si je ne faisais rien à ce moment-là, je ne ferai jamais rien.
Et puis en juin dernier, la NBA était à l’arrêt. Bein Sport retransmettait des matchs d’époque. Un soir, ils ont diffusé en prime time, le Game 1 de la finale Lakers-Sixers. En soi, le match, je le connaissais. Mais le fait de le voir à la télé française en direct, je ne pouvais pas le rater. Après ça, je me suis replongé dans 2001. Je voulais juste aller au bout de cette histoire qui m’avait tant marqué. Je me suis mis à chercher de la documentation. À ce moment, il n’y avait pas encore d’idée de livre.
Enfin, le véritable élément déclencheur du livre, qui m’a donné la légitimité d’écrire quelque chose, est l’accès aux archives. La ville de Philadelphie m’a donné un accès complet aux archives de presse de l’époque. Le Philadelphia Daily News et le Philadelphia Inquirer sont les deux journaux principaux. Ils ont écrit un nombre monumental d’articles sur le sujet. Entre l’arrivée d’Iverson aux Sixers en 1996 et les finales en juin 2001, il y avait plus de 5000 articles répartis entre ces deux quotidiens.
Évidemment, je connaissais cette histoire, mais je la connaissais comme on pouvait la connaître en 2001. Ça restait parcellaire. Avec cette matière première incroyable, je redécouvre des choses. J’en découvre même certaines. Au fur et à mesure, je me dis que c’est génial de lire tout ça, mais que ça serait bête de ne pas en profiter. Si je suis tombé “amoureux” de la NBA en 2001 et si ça a été autant un choc pour moi, je ne dois pas être le seul. Iverson est une révolution complète. Et avec le livre, j’ai voulu l’expliquer. Il est un personnage important dans l’histoire de la NBA. Et quel que soit son palmarès, il a joué un rôle important sur et en dehors du terrain. Je voulais raconter une histoire plus humaine que sportive. Le livre est parti de ça.

Le vrai sujet du livre est 2001. Mais il y a aussi deux autres sujets : Iverson et les Sixers. Était-ce l’idée de base d’essayer de tout imbriquer ?

Oui, l’idée de base, c’était ça. Je voulais me concentrer sur 2001. Écrire comme si on y était. J’aurais aussi pu avoir accès aux archives de 2002 à 2006. Je suis sûr qu’il y avait plein de portraits intéressants sur lui. Mais je voulais écrire le livre qu’avec la masse d’informations qu’on avait à l’époque. C’était l’idée principale. Par exemple, au début, je ne voulais pas parler de son passage en prison ou à l’université. Je me disais que ça avait déjà été fait. Mais en même temps, en 2001, Iverson est ce qu’il est, justement parce qu’il a vécu ces choses. Et je voulais aussi écrire cette histoire en m’adressant à tout le monde. Pas seulement aux fans de NBA. Je ne pouvais pas faire l’impasse sur ce qu’il l’a construit. Au final, je ne sais pas s’il aurait eu la même carrière, s’il avait eu une autre enfance. Sans aller dans la biographie, il fallait forcément expliquer comment on en arrive à 2001, pour lui, mais aussi pour l’équipe. Je voulais mettre du contexte autour de l’histoire pour ne pas que ce soit trop abrupt.
Concernant les Sixers, ça me plaisait de raconter certains parcours parce qu’en 2001, l’équipe ne ressemblait pas à grand-chose sur le papier. L’histoire de 2001, c’est aussi l’histoire d’un leader exceptionnel qui arrive à fédérer autour de lui. Je voulais qu’on saisisse bien à quel point cette histoire est dingue. Pour ça, il fallait bien montrer qui étaient ces mecs-là. Et à quel point ils n’étaient rien dans la Ligue. J’exagère, mais pas tellement. Ils n’étaient vraiment pas grand chose.
Gamin, je ne m’en rendais pas forcément compte devant la télé, mais l’engouement qu’il y a eu dans la ville était énorme. Philadelphie est une ville folle de sport et de cette équipe-là. En lisant les articles de l’époque, tous les journalistes sont formels. Ils n’ont jamais vu ça à Philadelphie. Autant de passion et même d’amour. Il y avait une communion exceptionnelle autour de ces joueurs. S’ils se jetaient autant sur le terrain, c’est aussi parce qu’il y avait une énergie dingue qui se dégageait. Je voulais aussi en parler.
Iverson est le personnage central, mais il y a plein de choses autour de lui. Donc encore une fois, pour donner plus de contours à l’histoire, il fallait parler d’autres choses. De ses adversaires par exemple. Parmi eux, il y avait bien sûr Kobe. Vu que le livre parle d’Iverson et de Philadelphie et que Kobe est un enfant de Philadelphie, je trouvais intéressant de faire un chapitre sur lui. Mais c’est un chapitre sur le Kobe de Philly. 
Donc pour résumer : Iverson, personnage principal ; 2001, thème central, mais autour, il fallait essayer de raconter plein de destins et d’histoires mêlés.

Comment s’est passée l’écriture en elle-même ?

J’ai pris plusieurs mois pour tout lire. Il y en avait vraiment beaucoup. Au début, je n’avais pas trop l’idée de la forme. J’ai simplement trié par personnage. Tout ce que je pouvais lire sur Todd MacCulloch, sur George Lynch, etc. Je n’ai pas tout utilisé. Un moment, je voulais même faire un chapitre par joueur. Mais ça aurait été plus un truc de fans. J’ai donc préféré raconter une histoire, plutôt qu’une chronologie de la saison et des joueurs. 
Il y a aussi des chapitres que j’ai écrits indépendamment, sans savoir forcément où ils seraient dans l’histoire. Par exemple, la relation entre la ville de Philadelphie et les Sixers. Là, je me suis dit qu’il fallait forcément écrire un chapitre là-dessus. Quand j’ai lu toutes ces anecdotes, c’était exceptionnel. Pat Croce est le personnage le plus fascinant du livre. Sa vie est un roman. Mark Cuban s’en est inspiré. Il voulait être comme lui, aussi libre que lui. On m’a fait remarquer que le chapitre le plus long du bouquin lui était consacré. Ce qui, au final, me plait bien parce que ça montre qu’on n’est pas dans une biographie d’Iverson. 
Je parle assez peu de la saison régulière. Il y avait plein de matchs intéressants, mais c’était hors propos. Comme je l’ai dit, l’histoire que je raconte est plus humaine que sportive. Donc raconter la saison, ça ne m’intéressait pas tant que ça.
Enfin, j’ai aussi voulu de temps en temps quelques petites aérations, en ajoutant un personnage extérieur comme Carter par exemple. 
J’ai aussi voulu parler de l’évolution des avis sur Iverson. Même s’il y a toujours eu des gens qui ont continué de le détester. En 2001, il met tout le monde d’accord. Par rapport à ce qu’il avait à côté de lui, il ne pouvait pas faire mieux que ça.
Pour la fin du livre, je voulais faire très court. Comme le livre finalement. Je ne voulais pas écrire 500 pages pour raconter une histoire qui s’est passée il y a 20 ans. Je voulais qu’il se lise vite. Le chapitre final avait pour but de montrer très rapidement ce qui s’est passé après. Ok, ça n’a pas fonctionné. Et la suite ? Je voulais insister sur le fait que 2001 a été vraiment exceptionnel. La preuve, derrière, il n’y a rien eu. Ça montre bien que ça n’a tenait qu’à un fil. Cette finale aurait pu ne jamais exister. Il y a avait tellement de paramètres qui auraient pu tout faire péter. Et d’ailleurs, on le voit bien par la suite. En 2002, en 2003, il n’y a plus de magie.

La ville de Philadelphie t’a fourni la matière première pour le livre en te donnant accès aux archives. Comment ça s’est passé concrètement ?

J’ai commencé par prendre contact avec la franchise de Philadelphie. Je leur ai expliqué mon projet de livre. Je leur ai demandé s’il était possible d’avoir accès aux matchs de l’époque. On trouve des matchs sur YouTube, mais ce n’était pas suffisant. Je leur ai également demandé s’ils pouvaient m’aider pour les archives. Ils m’ont répondu tout de suite. En raison des droits de diffusion, ils n’ont pas pu m’aider pour les matchs. Mais par contre, pour les archives, la personne m’explique que je peux y avoir accès via les bibliothèques publiques. Les archives sont bien évidemment consultables sur place, mais aussi en ligne. Il me suffisait de demander ce que je voulais. C’est incroyable comme tout était bien classé. L’archivage était nickel. Ça m’a vraiment mâché le travail. Sinon je ne l’aurais pas fait. Après, il faut savoir s’arrêter. Avec une telle quantité d’articles, tu veux toujours pousser plus loin. J’ai également eu accès à des archives du New York Times et du LA Times. Et j’aurais encore pu avoir d’autres magazines. Mon but n’était pas d’écrire une encyclopédie, donc j’ai préféré me concentrer sur la presse de Philadelphie. L’histoire se trouvait là. Je voulais la raconter comme on l’avait vécue à ce moment-là dans cette ville. Le principal remerciement que je peux faire, c’est pour les journalistes qui couvraient la franchise au quotidien. 

Terminons avec une petite question sur l’actualité des Sixers. La franchise est en demi-finale de conférence face aux Hawks. D’après toi, est-ce que l’engouement peut-il être le même qu’en 2001 ?

Je crois qu’on en est encore très loin. Premièrement le contexte actuel n’est pas bon. On sort quand même d’un an et demi de Covid. C’est bête à dire mais ça joue pour beaucoup. Mine de rien, quand tu n’as pas ton public pendant un moment dans ta salle, c’est plus difficile d’avoir un engouement.
Ensuite, l’engouement de 2001 commence en réalité cinq ans plus tôt, avec la draft de Iverson en 96. Donc ça fait à cinq ans de monter en puissance. Cinq ans durant lesquelles toute une salle se remplit petit à petit pour finir par une finale NBA. On est parti de 0 pour arriver au sommet. C’est la grande différence. Aujourd’hui, si les Sixers vont en finale, l’ambiance sera bien sûr folle, parce que le public de Philly est fou. Mais je ne suis pas sûr qu’on puisse arriver au même niveau d’excitation. Je ne suis pas sûr non plus que Joel Embiid déclenche autant d’excitation que Iverson. Évidemment, Embiid est adoré. C’est normal, il est le franchise player. Mais en termes d’émotions partagées entre un joueur et son public. Iverson n’a pas son pareil. On n’est plus dans cette notion de communion.
Par contre, ce qui marche pour cette équipe-là, c’est qu’ils sortent du désert absolu avec la période du tanking suivi du Process. Il y a une sorte de montée en puissance des loosers qui veulent devenir champions. Peut-être que la folie de 2001 viendra, mais pour l’instant, plusieurs éléments me laissent à penser qu’on n’y est pas encore.

Retrouvez notre chronique sur le livre.

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2001, l’Odyssée d’Allen Iverson

Le livre 2001, l'Odyssée d'Allen Iverson aux éditions Exuvie.

Auteur : Yann Casseville
Édition : Exuvie Éditions
Sortie : le 11 juin 2021
Prix : 17,50€
240 pages

Pour acheter le livre, ça se passe directement sur le site de l’éditeur.

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